La cérémonie de dédicace du livre « Histoire d’une Révolution » de Madifing Diané, tenue ce samedi à Kaloum, a été marquée par un moment fort de mémoire politique. Empêché d’être présent physiquement, le Premier ministre Amadou Oury Bah a tenu à intervenir par téléphone, livrant un témoignage rare sur les derniers instants du régime du général Lansana Conté et la transition de 2008.
Représenté sur place par son conseiller Yaya Bah, le chef du gouvernement a surpris l’assistance par une prise de parole empreinte d’émotion et de gravité, donnant à l’événement une dimension historique inattendue.
Une relation politique au cœur de la transition
S’adressant directement à l’auteur, Madifing Diané, le Premier ministre est revenu sur leur collaboration au sein du dernier gouvernement de Lansana Conté, dans une période marquée par de fortes incertitudes politiques.
« Nous étions des complices actifs pour faire en sorte que le général Lansana Conté puisse partir dans la dignité », a-t-il affirmé, évoquant une période de transition délicate, conclue selon lui dans un esprit de responsabilité partagée.
Le chef du gouvernement a également dénoncé ce qu’il considère comme des lectures réductrices de son parcours politique, notamment les accusations d’ethnocentrisme ou de violence qui ont marqué certaines étapes de sa carrière.
Dans son intervention, Amadou Oury Bah a insisté sur sa vision d’une action publique tournée vers l’unité nationale et le dépassement des clivages.
Madifing Diané ravive les souvenirs du basculement politique
En réponse, Madifing Diané a livré un témoignage empreint d’émotion, revenant sur les heures ayant suivi l’annonce du décès du président Lansana Conté.
Selon lui, cette période a été marquée par une grande incertitude au sein des institutions, alors que la Guinée entrait dans une nouvelle phase politique sous la transition militaire.
L’ancien ministre a notamment évoqué une scène restée gravée dans sa mémoire, lorsqu’un groupe de responsables a été convoqué au Palais du Peuple de Conakry.
« Nous avons tous été convoqués au Palais du Peuple… On s’attendait tous à être dans la réplique », a-t-il raconté, avant de souligner un moment de bascule où, selon lui, seuls quelques acteurs ont assumé une responsabilité particulière.
Il a notamment évoqué un déplacement effectué en compagnie de Amadou Oury Bah pour accompagner la dépouille du défunt président, un épisode qu’il présente comme un geste de loyauté et de continuité institutionnelle dans un moment de forte tension.
Une mémoire politique encore vive
Au-delà de la dédicace littéraire, cet échange à distance entre deux figures de la vie politique guinéenne a ravivé des souvenirs sensibles de la transition de 2008 et des derniers jours du régime de Lansana Conté.
Entre récit personnel, mémoire institutionnelle et lecture politique, l’événement a pris des allures de témoignage croisé sur une page charnière de l’histoire récente de la Guinée.
Étienne Touré