Avec l’avant-première du documentaire Mamaya, danse éternelle de Kankan, la Guinée enclenche une véritable offensive culturelle pour faire inscrire cette danse emblématique au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Entre fierté nationale, stratégie et mobilisation des acteurs culturels, le ton est donné.
Vendredi soir, à Conakry, la Mamaya n’a pas seulement été dansée : elle a été portée, défendue, revendiquée. Dans une salle acquise à la cause, artistes, autorités et passionnés de culture se sont retrouvés autour d’un objectif clair : faire franchir à cette tradition mythique un cap décisif, celui de la reconnaissance mondiale.
Au centre de cette dynamique, un film. Mamaya, danse éternelle de Kankan, porté par Diaka Camara à travers CBC Worldwide Communication and Production Company. Un documentaire qui ne se contente pas de raconter — il milite, il transmet, il projette.
« On ne peut pas s’approprier ce que l’on ne connaît pas », lance la productrice, déterminée. Pour elle, l’enjeu dépasse largement l’écran : il s’agit de reconnecter toute une génération à un héritage vieux de plus de 80 ans, devenu aujourd’hui un symbole puissant d’unité nationale.
Un film comme arme culturelle
Ici, le cinéma devient stratégie. Le documentaire s’inscrit directement dans la constitution du dossier guinéen pour l’UNESCO. Une pièce de plus dans une mécanique désormais bien enclenchée.
Dans la salle, les soutiens s’enchaînent. Le Directeur général du Fonds de Développement des Arts et de la Culture, Malick Kébé, salue une initiative « qui met la Guinée en lumière ». Même tonalité chez Sansy Kaba, qui insiste : documenter la Mamaya, c’est préserver une mémoire vivante, celle de Kankan et de toute une nation.
L’État accélère, le signal est clair
Puis vient le moment politique. L’arrivée du ministre Moussa Moïse Sylla marque un tournant. Très applaudi, il valide et amplifie la dynamique.
« La Mamaya dépasse Kankan. Elle dépasse même la Guinée », affirme-t-il.
Surtout, il annonce une avancée de taille : la réactualisation de la liste indicative nationale du patrimoine, une première depuis près de vingt ans. Et dans cette nouvelle cartographie culturelle, la Mamaya s’impose.
« Le processus est engagé », tranche le ministre, évoquant des travaux techniques imminents pour codifier et préserver l’essence de la danse.
Entre ouverture et vigilance
Car l’enjeu est aussi là : grandir sans se dénaturer. Face à l’engouement croissant, Moussa Moïse Sylla appelle à la lucidité :
« Ouvrez-vous au monde, mais gardez l’authenticité. »
Un message fort, dans un contexte où la Mamaya devient à la fois symbole culturel, outil diplomatique et levier d’unité nationale.
« Dans la Mamaya, il n’y a ni politique, ni ethnie. Il y a la Guinée », insiste le ministre.
Une vision plus large : vendre la culture guinéenne au monde
Au-delà de la Mamaya, c’est toute une stratégie qui se dessine. Le gouvernement entend structurer les grandes identités culturelles du pays : Kania Soly en Basse-Guinée, Donkin Fouta en Moyenne-Guinée, festival des masques en Guinée forestière.
Objectif : faire de la culture un moteur de rayonnement international et un socle de cohésion nationale.
Une marche déjà lancée
À la fin de la soirée, une certitude domine : la Mamaya a changé de dimension. Elle n’est plus seulement une tradition locale. Elle devient un projet national, une ambition internationale.
Et avec Mamaya, danse éternelle de Kankan, la Guinée ne raconte plus seulement son histoire — elle la propulse sur la scène du monde.