À l’occasion de l’intronisation du nouvel archevêque de Conakry, François Sylla, célébrée le samedi 9 mai 2026, le cardinal Robert Sarah a prononcé une homélie d’une rare fermeté, dressant un diagnostic préoccupant de l’état de l’Église catholique guinéenne et, au-delà, des dérives qui affectent la société guinéenne.
Face aux fidèles réunis à la Cathédrale Sainte-Marie de Kaloum, l’ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements au Vatican a livré un message grave, mêlant exhortation spirituelle, autocritique du clergé et dénonciation des dérives morales qu’il estime de plus en plus visibles au sein de l’institution ecclésiale.
Dans une prise de parole au ton austère et introspectif, le prélat a mis en garde contre ce qu’il considère comme un éloignement progressif de certains responsables religieux des principes fondamentaux de l’Évangile.
« Beaucoup d’entre nous, prêtres et évêques, avons publiquement déclaré être prêts à boire la coupe du Seigneur. Mais, concrètement, dans le quotidien de notre existence, nous menons une vie totalement contraire à l’Évangile », a-t-il déclaré devant l’assemblée.
Le cardinal guinéen a également dénoncé la montée du matérialisme et de la recherche du confort personnel au sein du clergé, estimant que ces comportements contribuent à affaiblir la vocation spirituelle de l’Église.
« Nous célébrons chaque jour la Sainte Messe mais nous rejetons la coupe. Nous refusons de monter sur la croix avec Jésus et d’être crucifiés avec lui. Chaque jour, nous devenons de plus en plus tièdes, médiocres, avides de bien-être matériel », a-t-il martelé.
Au-delà des critiques adressées aux pratiques individuelles, Robert Sarah a évoqué l’existence de profondes tensions internes au sein de l’Église, pointant des rivalités personnelles, des divisions et un climat de défiance entre certains membres du clergé.
« Nos cœurs débordent de jalousie, de rancœur, de haine réciproque », a-t-il regretté, appelant le nouvel archevêque à se prémunir contre « les adulateurs » ainsi que contre « le travail de Satan qui aime diviser ».
Par la sévérité de ses propos et le caractère inhabituellement direct de son intervention, cette homélie s’impose comme l’une des prises de parole les plus critiques prononcées ces dernières années par une haute autorité religieuse guinéenne. Au-delà du cadre ecclésial, le discours du cardinal apparaît également comme une réflexion plus large sur les fragilités morales, sociales et spirituelles auxquelles la société guinéenne demeure confrontée.