Construite en 1933, l’ancienne prison de Kaloum a été démolie samedi après le transfèrement des détenus. Le gouvernement veut récupérer l’emprise pour y développer des logements et des infrastructures publiques.
Les murs qui ont marqué près d’un siècle d’histoire judiciaire et politique de la Guinée commencent à disparaître. À Coronthie, dans la commune de Kaloum, les engins du Génie militaire ont entamé samedi 22 août la démolition de la Maison centrale de Conakry. Construite en 1933, l’ancienne prison a été vidée de ses détenus avant cette opération, qui ouvre désormais la voie à un nouveau projet d’aménagement urbain.
La scène avait quelque chose de symbolique. Là où se dressait depuis plusieurs décennies l’un des établissements pénitentiaires les plus connus du pays, les pelleteuses sont entrées en action dès le début de la matinée.
Le coup d’envoi de l’opération a été donné sous la supervision du ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, Mohamed Lamine Sy Savané. Selon lui, toutes les dispositions avaient été prises pour libérer progressivement l’emprise et permettre la poursuite des travaux dans les prochains jours.
« Le coup d’envoi est donné », a déclaré le ministre, appelant les riverains à rester à distance du chantier pendant les opérations. Il a assuré que la démolition serait conduite avec méthode afin de prévenir tout incident.
La Maison centrale de Coronthie n’était pas un bâtiment comme les autres. Construite en 1933, à l’époque coloniale, elle comptait parmi les plus anciennes infrastructures pénitentiaires de la capitale. Conçue à l’origine pour accueillir environ 300 détenus, elle avait connu, au fil des décennies, une forte pression carcérale.
Son histoire s’est également confondue avec celle de la Guinée contemporaine. Des détenus de droit commun, mais aussi des personnalités politiques et des figures de premier plan de l’histoire nationale y ont été incarcérés au cours des différentes périodes politiques.
Sa disparition constitue donc bien davantage qu’une opération de démolition : c’est un pan du paysage historique de Kaloum qui s’efface au profit d’un nouveau projet urbain.
Les détenus transférés avant la démolition
La démolition n’a été engagée qu’après le transfert des personnes encore détenues dans l’établissement vers d’autres structures pénitentiaires.
Une partie des prisonniers a notamment été transférée vers le nouvel établissement de Coyah, tandis que d’autres ont été orientés vers des prisons de l’intérieur du pays. Cette opération préalable devait permettre de libérer complètement le site avant l’intervention des engins.
Le transfert répond également à la volonté des autorités de mettre fin à l’utilisation d’une infrastructure devenue inadaptée à la réalité carcérale actuelle.
Que deviendra le site de Coronthie ?
La question est désormais celle de la nouvelle vocation de cette vaste emprise située au cœur de Kaloum.
Le gouvernement annonce la construction de logements et d’infrastructures destinées notamment à accueillir des services publics. Le ministre Mohamed Lamine Sy Savané présente cette transformation comme l’un des projets pilotes de la modernisation urbaine de Conakry.
L’opération s’inscrit, selon les autorités, dans une stratégie plus large de transformation de la capitale, avec la récupération de certains espaces occupés par des infrastructures anciennes afin de les réaffecter à de nouveaux projets.
« Nous voulons progressivement reconstruire Conakry, mais aussi les autres grandes villes du pays », a expliqué le ministre, plaçant la transformation de Coronthie dans la dynamique du programme Simandou 2040.
La démolition de la Maison centrale marque donc la fin d’un cycle. Mais elle ouvre également une nouvelle question : que fera la Guinée de cet espace stratégique au cœur de sa capitale ?
Le gouvernement promet des logements et des infrastructures modernes. La réussite de cette transformation dépendra désormais de la capacité des autorités à donner rapidement une réalité concrète à ces annonces.
Car après les pelleteuses, viendra le temps du chantier. Et après le chantier, celui de l’évaluation : l’espace libéré devra-t-il simplement changer de visage ou véritablement contribuer à améliorer les conditions de vie et de travail dans le centre de Conakry ?
À Coronthie, une prison disparaît. Une nouvelle page de l’histoire urbaine de Kaloum commence à s’écrire.
ÉTIENNE TOURÉ
