La ville de Kindia traverse une nouvelle crise d’approvisionnement en carburant. Depuis plus de quarante-huit heures, l’essence se fait rare dans la cité des agrumes, paralysant une partie des activités économiques et compliquant considérablement les déplacements des populations. Face à la fermeture de nombreuses stations-service, les usagers n’ont d’autre choix que de s’approvisionner sur le marché noir, où les prix connaissent une flambée spectaculaire.
Dans plusieurs quartiers de la ville, les stations-service ont cessé de distribuer du carburant, faute de stocks. Dès les premières heures de la journée, de nombreux conducteurs sillonnent les principaux axes à la recherche d’une pompe encore en activité. Une quête qui, pour beaucoup, se solde par un échec.
Cette rupture d’approvisionnement profite largement aux revendeurs informels. Sur le marché parallèle, le litre d’essence s’échange désormais entre 25 000 et 30 000 francs guinéens, soit un tarif largement supérieur au prix réglementé. Une situation qui pèse lourdement sur le budget des ménages et des professionnels du transport.
Dans la soirée du samedi 4 juillet, notre rédaction a rencontré Moustapha Sylla, conducteur de moto, qui venait de vivre une mésaventure devenue banale pour de nombreux usagers.
« Ma moto est tombée en panne sèche. J’ai dû la pousser pendant plus d’une demi-heure avant de trouver quelqu’un qui vendait de l’essence. Après avoir fait plusieurs stations sans succès, j’ai finalement acheté un litre à 30 000 francs guinéens. Nous souffrons énormément de cette situation et nous espérons une réaction rapide des autorités », raconte-t-il.
Le secteur des transports est l’un des plus durement affectés par cette pénurie. Les chauffeurs de taxi, contraints de consacrer une bonne partie de leur journée à rechercher du carburant, voient leur rentabilité s’effondrer.
« Nous perdons des heures à faire le tour des stations. Et lorsque nous trouvons de l’essence, c’est au marché noir, entre 25 000 et 30 000 francs le litre. À ce rythme, il devient très difficile de couvrir nos dépenses et de continuer à travailler normalement », confie un chauffeur de taxi.
Les conséquences dépassent désormais le seul secteur des transports. Au grand marché de Kindia, les commerçants constatent déjà les premiers effets de cette crise sur les coûts d’acheminement des marchandises.
Une vendeuse explique que plusieurs transporteurs ont revu leurs tarifs à la hausse afin de compenser l’explosion du prix du carburant. Selon elle, cette augmentation risque d’avoir des répercussions directes sur le coût des produits de première nécessité, au détriment des consommateurs.
Au fil des heures, la pénurie s’installe et fait craindre une désorganisation plus importante de l’activité économique locale. Les déplacements deviennent de plus en plus compliqués, tandis que le marché noir continue de prospérer sous l’effet d’une demande en constante augmentation.
À ce stade, aucune communication officielle n’a permis d’expliquer les raisons de cette rupture d’approvisionnement ni d’annoncer un calendrier de rétablissement de la distribution. Cette absence d’informations alimente les inquiétudes des habitants, qui redoutent une prolongation de la crise.
En attendant un retour à la normale, les populations de Kindia lancent un appel pressant aux autorités compétentes afin que des mesures urgentes soient prises pour réapprovisionner les stations-service et mettre un terme à une situation qui affecte désormais tous les secteurs de la vie économique et sociale de la ville.
ÉTIENNE TOURÉ