À peine les nouveaux conseils communaux installés, le gouvernement fixe déjà le cap. Entre félicitations et mise en garde, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, a adressé un message sans équivoque aux nouveaux responsables des collectivités locales : leur mandat sera placé sous le signe de la responsabilité, de la transparence et de la redevabilité.
À l’issue de l’installation des exécutifs communaux sur l’ensemble du territoire national, le ministre a salué ce qu’il considère comme l’aboutissement d’un processus majeur de restauration de la gouvernance locale. L’entrée en fonction des élus marque en effet la fin des délégations spéciales, mises en place à titre transitoire pour assurer la continuité de l’administration communale.
Pour autant, le ministre a tenu à rappeler que la disparition de ces organes provisoires ne signifie pas leur suppression définitive de l’arsenal juridique. Selon lui, le Code révisé des collectivités locales prévoit toujours le recours aux délégations spéciales dans des circonstances exceptionnelles, notamment lorsque le fonctionnement normal d’une commune est gravement compromis.
« Avec l’installation de 8 753 conseillers communaux, dont une majorité de femmes et de jeunes, ainsi que l’élection de 375 maires et de 1 149 vice-maires sur toute l’étendue du territoire national, notre pays met définitivement fin aux missions transitoires confiées aux délégations spéciales. Toutefois, il est important de rappeler que, si la normalisation démocratique réaffirme la primauté des élus, le recours aux délégations spéciales demeure un instrument légal de normalisation, de régulation et de sauvegarde de l’intérêt général, conformément au Code révisé des collectivités locales », a déclaré Ibrahima Kalil Condé.
Derrière cette précision juridique se cache un avertissement clair à l’endroit des nouveaux exécutifs communaux. Le ministre a indiqué que l’État n’hésitera pas à intervenir chaque fois que l’intérêt général sera menacé par des pratiques de mauvaise gouvernance, des dérives financières ou des comportements incompatibles avec les exigences de la fonction publique locale.
Il a ainsi assuré que les autorités centrales disposent de tous les leviers nécessaires pour restaurer le fonctionnement normal d’une collectivité en cas de crise institutionnelle ou de défaillance manifeste de ses dirigeants.
« Le gouvernement n’hésitera pas à faire usage de cette prérogative républicaine pour pallier d’éventuelles défaillances de gestion, restaurer l’ordre budgétaire ou remédier à l’inconduite notoire d’élus locaux, garantissant ainsi que le service public de proximité ne soit jamais interrompu », a-t-il prévenu.
Au-delà de cette mise en garde, le ministre a voulu inscrire cette nouvelle étape dans une dynamique de développement territorial. Il a rappelé que la décentralisation ne saurait produire les effets attendus sans une gouvernance exemplaire, capable de répondre efficacement aux attentes des populations en matière d’infrastructures, de services sociaux de base et de développement économique local.
Dans cette perspective, Ibrahima Kalil Condé a invité les nouveaux maires, vice-maires et conseillers communaux à dépasser les rivalités électorales pour privilégier une gouvernance fondée sur le dialogue, le consensus et l’intérêt collectif.
« Cette nouvelle gouvernance locale s’inscrit en parfaite adéquation avec le contenu de la Lettre de politique nationale de décentralisation et de développement local. Le ministère adresse ses chaleureuses félicitations à l’ensemble des maires, vice-maires et conseillers communaux installés. L’heure n’est plus à la compétition partisane ; elle est au rassemblement des compétences, à la réconciliation des esprits et au travail constructif au service de nos concitoyens », a conclu le ministre.
À travers cette déclaration, le gouvernement envoie un double message : d’un côté, il réaffirme sa confiance envers les élus issus des urnes ; de l’autre, il rappelle que cette légitimité démocratique s’accompagne d’une obligation de résultats, de transparence et de respect des règles de bonne gouvernance. Les prochaines années diront si cette nouvelle génération d’élus saura transformer cette confiance en actions concrètes au bénéfice des collectivités et de leurs habitants.
ÉTIENNE TOURÉ
